Le recyclage chimique en Espagne est en phase de transition : les usines en service sont peu nombreuses et de taille modeste, mais le portefeuille de projets disposant d’une autorisation environnementale ou en cours d’instruction ne cesse de grandir. La loi espagnole 7/2022 sur les déchets le reconnaît déjà dans la taxe sur le plastique, la taxe sur la mise en décharge renchérit l’alternative et le règlement européen sur les emballages stimule la demande de contenu recyclé. Cet article résume les chiffres, le cadre juridique, la carte des usines et ce qui freine encore le secteur.

L’explication technique se trouve dans recyclage chimique et recyclage mécanique. Ici, nous nous concentrons sur l’Espagne.

Combien de plastique l’Espagne produit-elle et où va-t-il ?

La donnée officielle la plus fine concerne les emballages. Selon Eurostat, l’Espagne a généré en 2023 1 836 793 tonnes de déchets d’emballages en plastique. Parmi elles :

  • 847 686 t ont été recyclées, soit 46,2 %. En 2022, le taux était de 41,2 %.
  • 292 479 t ont fait l’objet d’une valorisation énergétique, soit environ 16 %.
  • Quelque 697 000 t, près de 38 %, ne figurent ni comme recyclées ni comme valorisées. Dans la pratique, la majeure partie de cette fraction finit en décharge.

L’objectif du décret royal 1055/2022 (la réglementation espagnole sur les emballages) est de recycler 50 % des emballages en plastique en 2025 et 55 % en 2030. Avec la donnée de 2023, l’Espagne restait environ quatre points en dessous du premier seuil. L’Agence européenne pour l’environnement avait déjà signalé le plastique comme le seul matériau d’emballage qui, en 2022, se situait sous l’objectif de 2025.

Si l’on considère l’ensemble du plastique post-consommation, et pas seulement les emballages, le rapport de Plastics Europe sur les données de 2022 situe le taux de recyclage espagnol à 38 %, le deuxième meilleur d’Europe. Mais il indique aussi que 39 % partent encore en décharge, contre une moyenne européenne de 25 %.

Le contexte des déchets municipaux est similaire. En 2022, l’Espagne a mis en décharge 50 % de ses déchets municipaux et en a incinéré 11 %, selon l’Agence européenne pour l’environnement. L’objectif pour 2035 est de ne pas dépasser 10 % de mise en décharge. Nous l’analysons dans zéro mise en décharge en 2035.

Il s’agit de plastique mélangé, sale ou multicouche que le recyclage mécanique n’absorbe pas : le flux naturel du recyclage chimique des plastiques.

Cadre juridique : ce que dit la loi sur les déchets à propos du recyclage chimique

Loi 7/2022 : hiérarchie et définition du recyclage

La loi espagnole 7/2022 relative aux déchets et aux sols pollués pour une économie circulaire fixe, à son article 8, la hiérarchie des déchets : prévention, préparation en vue du réemploi, recyclage, autre valorisation (y compris énergétique) et élimination. Le recyclage chimique n’occupe l’échelon du recyclage que lorsque le produit redevient matière.

La définition du recyclage à l’article 2 exclut la valorisation énergétique et la transformation en matières destinées à être utilisées comme combustibles. Il faut donc démontrer que l’huile obtenue sert à fabriquer de nouveaux produits chimiques ou plastiques.

Taxe sur les emballages en plastique non réutilisables

La taxe frappe de 0,45 euro par kilo le plastique non recyclé contenu dans les emballages. Selon l’article 77 de la loi, le plastique recyclé ne fait pas partie de l’assiette, et cela inclut expressément le plastique recyclé chimiquement, à condition qu’il soit attesté par le certificat d’un organisme accrédité. La Direction générale des impôts espagnole (DGT) l’a confirmé dans le rescrit contraignant V0931-25 de mai 2025.

C’est le point où la loi sur les déchets et le recyclage chimique se croisent le plus clairement : chaque kilo de contenu recyclé chimiquement et certifié fait économiser de la taxe au fabricant de l’emballage. Que cette économie soit reconnue ou non par bilan massique dépend de la certification, une question que nous traitons dans le bilan massique dans le recyclage chimique.

Taxe sur la mise en décharge et l’incinération

La même loi a créé une taxe nationale sur la mise en décharge, l’incinération et la co-incinération des déchets. L’article 93 fixe notamment les taux suivants :

  • 40 €/t pour les déchets municipaux en décharge de déchets non dangereux.
  • 30 €/t pour les refus de traitement de déchets municipaux dans cette même décharge.
  • Entre 10 et 20 €/t en incinération, selon le type d’opération et de déchet.

Les communautés autonomes peuvent les augmenter, et la redevance de la décharge s’y ajoute. Nous calculons le coût total par tonne dans le coût de ne pas valoriser.

Décret royal 1055/2022 sur les emballages

Outre les objectifs de recyclage déjà cités, il exige que tous les emballages soient recyclables en 2030 et fixe des objectifs de collecte séparée. Plus de collecte signifie plus de refus dans les centres de tri, et ces refus ont besoin d’une autre destination que la décharge.

Le PPWR, moteur de la demande

Le règlement (UE) 2025/40 relatif aux emballages, qui s’applique depuis le 12 août 2026, oblige à intégrer un contenu recyclé minimal dans les emballages en plastique à partir de 2030. Pour les emballages en polyoléfines au contact des denrées alimentaires, le recyclage mécanique ne peut guère fournir de matière, et c’est là qu’intervient le recyclage chimique. Nous l’expliquons en détail dans PPWR et contenu recyclé en 2030.

Carte des usines de recyclage chimique en Espagne

Le tableau recense les usines de recyclage chimique en Espagne disposant d’une source publique. Lorsque l’état actuel n’est pas confirmé, nous l’indiquons.

Entreprise Localisation Technologie Capacité État en octobre 2026
Nantek Port de Bilbao Pyrolyse thermique sans catalyseurs Usine industrielle de validation En service depuis 2022
Nantek avec Sadeco Cordoue Pyrolyse thermique sans catalyseurs 16 000 t/an en première phase ; jusqu’à 54 000 t/an Accord signé en 2025 ; en développement
Plastic Energy El Ejido (Almería) Pyrolyse Non publiée par l’entreprise En service depuis 2016
Plastic Energy Alcalá de Guadaíra (Séville) Pyrolyse Non publiée par l’entreprise En service depuis 2017
Plastic Energy et TotalEnergies Séville Pyrolyse 33 000 t/an Annoncée en 2022 pour 2025 ; mise en service non attestée
2G Chemical Plastic Recycling Ascó (Tarragone) Pyrolyse 7 500 t/an ; extension à 15 000 t/an En service ; extension annoncée en 2024, achèvement non confirmé
Repsol (usine Recpur) Puertollano (Ciudad Real) Acidolyse de mousse de polyuréthane 2 000 t/an de déchets Mise en service en 2024, selon Repsol
Repsol (Ecoplanta, technologie Enerkem) El Morell (Tarragone) Gazéification de déchets urbains en méthanol Jusqu’à 400 000 t/an Investissement approuvé en 2025 ; exploitation prévue en 2029
Valogreene (Greene Enterprise) Puertollano (Ciudad Real) Pyrolyse 40 000 t/an Déclaration d’impact environnemental favorable (2025) et terrains acquis (2026)
Reciclaje Circular Guijuelo Guijuelo (Salamanque) Pyrolyse 10 600 t/an Autorisation environnementale accordée en 2026 ; construction en attente
WPI Huelva Palos de la Frontera (Huelva) Pyrolyse et distillation 320 000 t/an en deux phases Déclarée investissement stratégique par la Junta d’Andalousie en 2023 ; état actuel non confirmé
Valoriza (Sacyr) Jerez de la Frontera (Cadix) Pyrolyse Environ 20 000 t/an En projet ; sans date confirmée
COGERSA et Université d’Amsterdam Asturies Liquéfaction solvothermale Usine pilote Démarrage prévu à l’été 2026

Deux nuances. La maison mère britannique de Plastic Energy a été placée en procédure collective en mai 2026, mais la société espagnole qui exploite Almería et Séville n’est pas concernée et poursuit son activité. Et du côté de la demande, Moeve (anciennement Cepsa) a réalisé à Huelva, en 2023, le premier essai espagnol de co-traitement d’huile de pyrolyse de plastique, pour produire du phénol et de l’acétone circulaires.

Le tableau est celui d’un secteur à faible capacité installée et à forte capacité annoncée, qui reste actif alors que, dans d’autres pays européens, des usines ont fermé et des projets ont été annulés en 2025 et 2026.

Les freins au recyclage chimique en Espagne

  1. Instruction et autorisations. Autorisation environnementale régionale, évaluation d’impact et permis municipaux. Les projets du tableau mettent des années entre l’annonce et le chantier.
  2. Fin du statut de déchet. L’arrêté TED/646/2023 ne fixe des critères que pour les thermoplastiques traités mécaniquement. Pour l’huile de pyrolyse, il n’existe pas de critère national, si bien que chaque communauté autonome peut en décider au cas par cas dans l’autorisation, comme le permet l’article 5 de la loi 7/2022. Ce manque d’homogénéité complique la vente du produit d’une région à l’autre.
  3. Financement. Investissements à forte intensité capitalistique et technologies encore en phase de montée en échelle. Les fermetures européennes récentes ont rendu les financeurs plus exigeants.
  4. Approvisionnement en déchets. Il faut un flux stable en quantité et en composition pendant des années. Sans contrats d’approvisionnement, le projet n’est pas finançable.
  5. Acceptation sociale. Les associations écologistes contestent qu’une partie de la pyrolyse finisse en combustible. Bien expliquer la destination du produit et les émissions fait partie du projet.

Opportunités pour les gestionnaires, les décharges et l’industrie

  • Économies par rapport à la mise en décharge. Chaque tonne de refus plastique qui n’entre pas en alvéole évite la taxe de 30 ou 40 €/t, la redevance et l’occupation d’un casier de plus en plus rare. C’est l’argument central pour les décharges et grands gestionnaires.
  • Demande de contenu recyclé. L’industrie chimique a besoin de matière première recyclée certifiée pour le PPWR et la taxe sur le plastique, surtout en polyoléfines de qualité alimentaire.
  • Objectifs publics. Les communes et les concessionnaires doivent ramener la mise en décharge à 10 % en 2035 sans dépendre uniquement de l’incinération.
  • Industrie à déchet captif. Qui génère son propre plastique peut transformer un coût de gestion en produit doté d’un acheteur.

La place de Nantek dans le recyclage chimique en Espagne

Depuis 2022, Nantek exploite une usine industrielle dans le port de Bilbao, où elle a validé sa technologie avec des plastiques de différentes provenances. Son procédé est une pyrolyse thermique sans catalyseurs, avec des agents réactifs développés en interne, et il accepte le plastique mélangé sans tri préalable par type.

À Cordoue, Nantek a signé en 2025 un accord avec Sadeco et la mairie pour une usine de 16 000 t/an en première phase, avec un investissement de 22 M€, et une extension prévue jusqu’à 54 000 t/an, pour 65 M€ au total. Les détails du projet figurent dans le communiqué sur l’usine de Cordoue.

Son modèle intégré répond aux freins de la section précédente :

  • Usines modulaires de 1 500 à 16 000 t/an, en EPC clé en main à périmètre et prix fermes.
  • Financement structuré jusqu’à 70 % de l’investissement.
  • Exploitation et maintenance avec contrôle à distance et logiciel propriétaire.
  • Achat garanti de 100 % du produit par des contrats à long terme.
  • Gestion des certifications de crédits environnementaux, avec reversement au client d’une partie du bénéfice net. Nantek affiche sur son site les certifications ISCC, ISCC PLUS et CGN, et dispose d’un enregistrement auprès de l’ECHA.

Questions fréquentes sur le recyclage chimique en Espagne

Le recyclage chimique est-il légal en Espagne ?

Oui. C’est une opération de recyclage au sens de la loi 7/2022 dès lors que le produit est utilisé comme matière et non comme combustible. Chaque usine a besoin de son autorisation environnementale régionale.

Combien d’usines de recyclage chimique y a-t-il en Espagne ?

Peu en service : celle de Nantek à Bilbao, celles de Plastic Energy à Almería et Séville, celle de 2G à Ascó et celle de Repsol à Puertollano, entre autres. Il existe au moins une demi-douzaine d’autres projets, annoncés, autorisés ou en cours d’instruction.

Le plastique recyclé chimiquement paie-t-il la taxe sur le plastique ?

Non, s’il est attesté par le certificat d’un organisme accrédité. La loi l’exclut de l’assiette de la taxe de 0,45 €/kg.

L’huile de pyrolyse perd-elle le statut de déchet ?

Elle peut le perdre, mais il n’existe pas de critères nationaux pour ce produit. Aujourd’hui, c’est la communauté autonome qui en décide dans l’autorisation de chaque usine.

Quelles économies par rapport à la décharge ?

Au minimum, la taxe nationale de 30 ou 40 €/t, plus la redevance de la décharge et les éventuelles surtaxes régionales. S’y ajoute la vente du produit.

Vous gérez un flux de refus plastique en Espagne et souhaitez savoir s’il justifie une usine ? Écrivez-nous et nous examinerons avec vous le volume, la composition et la structure financière du projet.